Thoissey : Une cérémonie pour se souvenir de la « rafle » survenue il y a 80 ans

Les officiels étaient réunis ce samedi matin, au pied de cette stèle dite « de la déportation », pour commémorer le 80e anniversaire de la rafle de Thoissey, un épisode dramatique mais cependant méconnu de l’Histoire de la Ville de Thoissey.
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Le 29 février 1944, alors que la Corse est libérée et que les alliés préparent le débarquement de Normandie, douze membres de l’Armée Secrète sont interpellés par la Gestapo. Ils résident à Thoissey, ou dans les communes environnantes (Peyzieux-sur-Saône et Saint-Didier-sur-Chalaronne).

Le commandant de la Gendarmerie de Thoissey, le 29 novembre de la même année, écrit dans un rapport conservé au Service Historique de la Défense :

« Le 29 février 1944, vers 9h00, trois voitures automobiles montées par des soldats allemands appartenant très probablement à la Gestapo, sont arrivées à Thoissey.
Le chef de l’expédition, un officier, était porteur d’une liste sur laquelle figurait un certain nombre de gens de Thoissey. Il s’est présenté au maire de la commune, il lui a demandé de l’accompagner chez toutes les personnes qu’il lui désignerait. Ils se sont ainsi présentés au domicile des personnes suivantes chez lesquelles ils ont perquisitionné. Après perquisition à leur domicile ils les ont conduites sur la Place du Collège à Thoissey où ils les ont fait prendre place dans une camionnette qui est partie en direction de Lyon.

Toutes ces personnes ont été conduites au Fort Montluc et depuis leurs familles sont sans nouvelles. Elles les croient déportées en Allemagne ».

René Ginsburger est fusillé à Dagneux.

Ses onze camarades d’infortune sont conduits à Montluc puis à Compiègne où ils embarquent dans le convoi I-240 vers Dachau.

Ce train est l’un des plus meurtriers de l’Histoire de la déportation.

Dans le « Mémorial des Français de Dachau » rédigé par l’Amicale des Anciens de Dachau, on lit :

«Lors d’un arrêt prolongé du train en gare de Saint-Brice près de Reims, par temps orageux et quarante degrés à l’ombre, les wagons se sont transformés en véritables étuves… Plus de cinq cents jeunes hommes sont morts de chaleur, de manque d’eau, d’asphyxie. L’atmosphère a été génératrice de délire et de folie collective, entraînant des scènes d’horreur.

La responsabilité en incombe aux S.S.de la garde. Au moment où la situation devenait intenable, malgré les appels de détresse des détenus, les S.S. ont refusé d’ouvrir les portes, d’aérer les wagons et de distribuer de l’eau, ce qui eut sauvé les mourants.

Il ne s’agit, en la circonstance, ni d’une bavure ni d’un accident, mais essentiellement d’une action entrant dans le cadre de «l’entreprise générale et délibérée d’élimination des ennemis du Reich, de caractère authentiquement criminel».

Henri Ségeral, Victor Pillon et Georges Morgon sont morts dans ce train et leur corps, ainsi que ceux des 519 victimes du train de la mort, sont partis directement au crématoire de Dachau.

De Dachau, trois autres jeunes hommes ne reviendront pas : Pierre Temporal, Guillaume Drouin et Marcel Renaud.

Etienne Monneret, Claude et Roger Guyonnet, Léonce Anciand et Georges Marguin seuls ont survécu et sont rentrés d’Allemagne.

« Cette commémoration marque le nécessaire témoignage que nous devons porter pour les générations futures, mais aussi le refus affirmé des exactions, quelles qu’elles soient, en France et à travers le monde. A la mémoire de René Ginsburger, Henri Ségeral, Victor Pillon, Georges Morgon, Pierre Temporal, Guillaume Drouin, Marcel Renaud, Etienne Monneret, Claude Guyonnet, Roger Guyonnet, Léonce Anciand et Georges Marguin. Qu’à jamais leurs noms résonnent dans la mémoire collective à l’aune du combat qu’ils ont mené pour la liberté et contre les exactions, qu’à jamais ils soient honorés du prix qu’ils ont payé pour leur pays, notre pays » a conclu Anne Turrel, actuelle maire de Thoissey.

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